Manifeste du tiers paysage

Le manifeste de Gilles Clément


L'analyse du paysage de Vassivière, établie dans le courant de l'année 2002 pour le Centre d'art et du paysage, laisse apparaître le caractère artificiel de ce qui semble «naturellement» présent : l'étendue d'eau d'un barrage hydroélectrique, les arbres d'une forêt gérée, l'herbe des élevages bovins... Ensemble organisé selon les facilités du relief, les expositions, les accès.Ce que perçoit l'oiseau – que notre regard embrasse depuis un sommet – est un tapis tissé de formes sombres et bourrues : les forêts ; et de surfaces claires bien délimitées : les pâtures.L'alternance d'arbres et d'herbes creuse le paysage, l'anime de perspectives courbes relancées par un relief doux et profond. La balance des ombres et des lumières répond à un dispositif dont on devine l'économie.L'immensité du territoire atteint par cet équilibre peut tromper le voyageur : s'agit – il d'un projet ? D'un hasard de l'histoire ? Morcellement des parcelles, habitat dispersé, variation du relief : tout cela constitue un appareil ancré dans la géographie et dans la société capable d'affronter durablement la machine à tout remembrer. Vestiges d'une polyculture dont un grand nombre de figures ont disparu pour laisser dominer deux richesses : l'arbre, l'herbe. Purs produits de la PAC – attitude dont le pouvoir réducteur n'est pourtant pas venu à bout de toutes les diversités.





Les délaissés résultent de l'abandon d'une activité. Ils évoluent naturellement vers un paysage secondaire.





Par nature le Tiers paysage constitue un territoire pour les multiples espèces ne trouvant place ailleurs. Le reliquat d'espèces ne figurant pas dans le Tiers paysage est représenté par les plantes cultivées, les animaux élevés, et les êtres dont l'existence dépend des cultures et des élevages5.Les espaces de diversité proviennent de trois origines distinctes : les ensembles primaires, les délaissés, les réserves.Les ensembles primaires sont des espaces n'ayant jamais été soumis à l'exploitation. Ils évoluent lentement ou pas du tout. Les espèces qui s'y développent correspondent au niveau optimum de vie pour les conditions du milieu (climax). Quelques forêts primaires existent encore dans le monde, les autres espaces primairesse répartissent en prairies alpines, landes climaciques, toundras (...). Les ensembles primaires sont unitaires d'aspect en dépit d'une diversité généralement forte..


http://www.gillesclement.com/fichiers/_tierspaypublications_92045_manifeste_du_tiers_paysage.pdf


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